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Réflexivité d’un songe polymorphique:  Chaima ZAAFOURI: Doctorante en sciences  et techniques de l’art

Réflexivité d’un songe polymorphique: Chaima ZAAFOURI: Doctorante en sciences et techniques de l’art

L’exposition personnelle de Sami BEN AMEUR  se tient du 10 au 30 mars 2018 à la galerie « Kalysté » à la Soukra )(Ariana  

 Cette exposition intitulée « Ether et Mélodie » retrace une  véritable refondation de la quête cosmique de l’artiste qui a commencé  récemment avec ces expositions “Nature intime” et “Terre originelle’’. Ainsi, c’est avec flair, passion et talent que le plasticien BEN  AMEUR a envoûté  l’imagination du regardeur par ses diverses séries de peintures. Comme s’il encapsule le temps qui passe, tout en composant une allégorie d’un futur, l’artiste  expose ses atmosphères imaginaires en faisant  naître des toiles célestes et en transcrivant ses reflexes

Dans ce retour volontaire aux multiples motifs récurrent du cosmos et de la terre, Sami BEN AMEUR  a trouvé la voie d’une concentration extrême, à la fois instinctive, processuelle et mentale, en même temps qu’il s’est ouvert sur un univers centrifuge et centripète de matières  grouillantes et hallucinées qui algèbre des proportions entre surface et intensité chromatique

En mettant au jour les détours d’une recherche artistique singulière, les œuvres virtuoses du peintre se construisent  de l’organisation formelle d’éléments plus ou moins hétérogènes qui se chargent du goût et de la vérité de son expérience.  Par l’élaboration d’une œuvre délibérément immergée dans la passion, nous nous trouvons en effet devant un artiste qui nous propose de parcourir une trame des sensations plus ou moins refoulées. Comme  un acte pulsionnel, sa peinture contient une tendance à l’abstraction qui nous permet de penser ces œuvres comme un exutoire de subconscient. Tout se passe comme si la peinture était le contenu manifeste, intentionnel et involontaire à la fois, d’idées oniriques et latentes

Dans ce sens,  les surfaces bouillonnantes de ses toiles  éveilleraient  chez le spectateur de  lointains échos d’images arborescents imaginaires. Alors, quelque-chose s’agite sur le support qui n’est pas un  simple médium mais plutôt,  qui apparaît telle la projection d’un espace mental

Telles des manifestations déguisées de souvenirs refoulés, le sujet BEN AMEUR s’efface et se dissout d’une façon aléatoire, semi-consciente et automatique dans le graphisme à la gestuelle affirmée, une gestuelle aérienne et véhémente sur sa toile

L’œuvre devient  alors un espace d’expression corporelle de soi, un magma de pensées inabouties. Elle propose plusieurs affolements visuels très féconds qui s’appuient directement sur une expérience personnelle, une authenticité. Par une action spontanée et presque inconsciente, l’artiste peint rapidement des couches de peinture en jouant sur les effets de matière et de surface. En exprimant son univers intérieur, le peintre crée des entrelacs colorés dans un labyrinthe chromatique

 

Évanescence 4. Exposition “Éther et mélodie.” Galerie Kalysté.

Comme à l’aquarelle, afin de laisser la plus grande place à l’émotion, dans  l’œuvre « Evanescence 4 » il brosse le ciel et le sol en de larges taches  horizontales, tantôt transparentes, tantôt translucides  avec toute  douceur et légèreté.  Par cette action soumise à des modes emphatiques d’existence, il s’agit toujours d’engager à la fois le geste et la tension, de faire apparaître une peinture avec les moyens de l’ombre et de la lumière, du blanc de support vierge au noir extrême en passant par toutes les gradations du gris

 «  Dans évanescence 4 » le coloriage est rare, interrompu et vif, ainsi, il n’est pas essentiel que la couleur soit intense, violente, riche, ou même délicate, raffinée, rare, ou encore étale, pâteuse, fluide. C’est-à-dire,  il n’est pas nécessaire qu’il y ait affirmation et installation de pigment. Cependant, il suffit que le coup chromatique déchire le fond  pictural, et que ça passe devant l’œil comme quelque chose qui est à la fois attendue et inattendue, une apparition  ou une disparition. Par conséquent,  ce peu de couleur donne à lire, non  pas un effet, mais précisément un geste

 Dés lors, par ce traitement particulier, les peintures de Sami BEN AMEUR  traduisent une flamme de sensations qui s’ouvrent à la couleur, illuminant le miroir de la vision pour établir des effets dynamiques  de matière lucide confirmant la singularité de la pensée esthétique de l’œuvre. Chaque trait de son pinceau est l’aboutissement de l’énergie la plus profonde de son cœur. Ainsi, l’artiste   ne semble pas s’arrêter à la matérialité physique de la toile

Réalisées sur des supports circulaires, carrés et rectangulaires,   suspendues à plusieurs centimètres du mur, ses œuvres semblent perdre toute gravité, en  nous confondant d’opacités en transparences et  d’égarement en absorption.  Ses compositions électriques produisent, par l’alternance des motifs une expérience sensorielle, autant rythmique que sensuelle, qui nous immerge  dans  les jalons d’une expérience  spécifique faite en toute liberté, mais aussi teintée d’une sensibilité accrue pour l’organisation de l’espace de la toile

Vibratoire , Expo” Ether et mélodie”. Du 10 au 30 mars 2018. Galerie Kalysté.

Avec le plus  extrême contraste, l’opposition noir et blanc, la lumière a l’air d’émaner de son  tableau « Vibratoire ». Dérivé de ces rais de lumière, les lignes blanches posées  minutieusement  sur les  étendues noires, plan après plan, tissent des espaces tragiques, des espaces fermés, sans issue, c’est l’espace du  neutre

En posant  le noir sur un blanc, le blanc change, il est  plus ou moins gris ou plus ou moins lumineux.  Ainsi, on voit la plupart  des tableaux peints du plasticien en noir et blanc, dans un univers qui n’est pas noir et blanc. L’artiste  représente ici  l’union du terrestre et du divin. Sa recherche du mouvement est liée à sa conviction que les formes sont instables. Son but est de mettre en lien le temps, l’espace et le mouvement, en écho à l’univers qui se caractérise par une vibration perpétuelle

En quête de l’équilibre entre masses et lumières, BEN AMEUR  stimule cette intervention  artistique par la force de grandes membranes, leur translucidité qui  constitue un amas de peinture, modelé en fonction de l’espace. Ils deviennent un tissu imaginaire où s’engouffre la lumière dans un nuancier de noir toujours différent. Ainsi, l’artiste  place son énergie dans la toile qu’il travaille et qui n’est jamais statique mais évolutive en fonction de la lumière et de l’endroit où elle est exposée.  Désorienté par la perte du sens du haut et du bas, du début et de la fin, le spectateur est prisonnier du sens du mouvement rythmé par la répétition qui agit comme seul ordonnancement spatio-temporel. A travers cette composition subtile, « vibratoire » fait écho à la volupté et à l’évanescence de la lumière de manière  qu’elle imprègne le spectateur par des formes et des textures qui semblent littéralement flotter dans l’espace

Parcourant la riche collection des œuvres produites par l’artiste, nous percevons graduellement que notre plaisir  est inconsciemment façonné par l’ensemble de ces diverses compositions,   le regard  est donc noyé à l’exploration de l’automatisme dans toutes ses possibilités plastiques  

L’astre que sculpte le peintre guide sa main  vers un  geste spontané qui laisse son empreinte  de courbes et tourbillons de blanc. Il  traduit un mécanisme de l’esprit, révélateur de son état .Ainsi, tout le phénomène visible peint semble être doté d’une vitalité physique et spirituelle. Il s’agit d’aller au plus prés de la genèse, du lieu où naissent le sentiment et la pensée. C’est le lieu de la créativité où l’artiste s’extériorise  involontairement et retrouve sa liberté

Il  entretient un lien direct entre sa peinture et son inconscient. Pendant le geste, la réflexion s’opère ainsi avant et après la réalisation mais jamais pendant l’acte. Conférant ainsi  un aspect brut et quasi viscéral à sa peinture  dont elle retient la volonté d’expression pure et la forme intuitive, l’artiste nous imprègne  et d’un art qui laisse toute sa liberté à l’imprévu des collisions entre les couleurs et les matières

 

Tissé. Expo Éther et mélodie. Galerie Kalysté. Du 10 au 30 mars 2018

Dans son  œuvre «Tissé  », l’artiste  superpose un traitement délié, spontané et lyrique de lignes bleues sur des  taches blanches qui coupent le noir immaculé, comme  pour nous dire que la couleur n’a pas disparu. Sur le fond badigeonné, il substitue des taches bleues et  des taches grises hachurées de façon qu’il arrête  la dualité oppressante Blanc/Noir

Les lignes de forces s’incarnent alors sur un rapport de matérialité et d’immatérialité, de visible et d’invisible. Dés lors,  le vide habite le plein, et inversement. Dans cette toile,  les effets de surface renvoient à des variations sans fin qui captent le regard et éveillent un sentiment de douce plénitude. Certains de ces  motifs qui  couvrent son support rappellent la tapisserie. En effet,  ils surgissent de façon muette, mais géométrique et lyrique comme voyelles-consonnes : une écriture  mystique, dans toutes les langues, qui  n’arrête pas de risquer des combinaisons, des permutations. Sa peinture est la transcription d’un certain nombre d’états, de clartés et  d’évanouissements de plaisirs. Elle évoque certainement le champ allusif de l’écriture, ainsi qu’un rapport d’inspiration avec la calligraphie d’extrême-orientale dont la rapidité d’exécution est supérieure à la calligraphie

 Les traits noueux et la frénésie gestuelle de peinture agissent  comme un déversoir de forces pulsionnelles ;  le geste de l’artiste  peut être ample, véhémente, minutieuse, timide. Il engage une émotion et une écriture informe

Comme dans une opération chirurgicale d’une extrême finesse, tout se joue de l’écoulement. Le tout nerveux de ces lettres, le jet de la matière,   l’élancement des jambages, tous ces accidents sont nécessaires au fonctionnement du code graphique de l’artiste. Par conséquent, aucune surface, si loin qu’on la prenne n’est vierge : tout est toujours âpre, discontinu, inégal, rythmé par les treillis et  l’entrelacs de traits. Au terme de ce rhizome, ce qui s’impose, ce n’est pas telle ou telle écriture, ni même l’être de l’écriture, c’est plutôt  l’idée d’une texture graphique qui vise à renvoyer le scriptural à sa matérialité et à un geste purement scolaire  

A travers l’œuvre de l’enseignent, les germes de l’écriture pressent, éclatent et se poussent parfois vers  une  multiplication  folle  comme un prurit graphique. C’est en somme une écriture qui  rappelle les gribouillages des enfants dont il ne reste que le penchement et la cursivité. Elle se présente comme des traces liées à l’acte de peindre, à un glissement, parfois aussi à un geste brutal. Elle révèle toujours le rythme de la main,  qui  traîne  et qui semble entrer en lévitation ; on dirait que le mot a été écrit du bout des doigts, non pas  par dégoût ou par ennui, mais par une sorte de fantaisie ouverte au désir seul de sa main en train de peindre

En quête d’une peinture qui jaillit depuis ses débuts, l’artiste poursuit une quête du naturel, et de l’évidence.  Son œuvre  semble se conjuguer au passé ou au futur, jamais vraiment au présent : on dirait qu’il n’y a  que le souvenir où le temps est en perpétuelle incertitude. C’est  une œuvre tout entière engagée dans la passion et dans le risque ludique de la création. Cette colombe, cette âme, cette Psyché s’identifie à un temps très ancien dont l’artiste reste l’enfant joueur et  prêtre. Dans la mémoire de l’homme et de l’enfant, de l’homme dans l’enfant et de l’enfant dans l’homme.  C’est  l’enfant qui conduit sa main pour que l’écriture soit manifestée dans le bruit de la vérité et non  pas  dans son instrumentalité. Cette écriture illisible  n’est  pas une anomalie plastique, mais, au contraire une voie profonde de la peinture qui met en évidence non pas sa règle, mais ses jeux, ses fantaisies et ses explorations.

En  reliant une polarité entre l’intentionnel  et l’instinctif, l’artiste   est dans la quête  de retrouver l’état d’enfance. Il est aussi l’enfant qui cherche où aller. Il élabore  un vaste chantier d’expérimentation artistique pour retrouver un geste premier, une spontanéité perdue

Les peintures de Sami BEN AMEUR sont  comme un élan fébrile suspendu à un instant  d’imminence, d’instabilité toujours prochaine. . On reconnaît  dans son thème graphique une sorte de tonalité.  Ces  lignes nous font voir des gestes, saccadés ou arrondis, rapides ou souples, hardis ou timides, elles donnent ainsi un accent comparable à celui de la mélodie

Vaporeux. Acrylique sur toile. 2018. Expo “Ether et mélodie” Galerie Kalysté.2018.

Dans son œuvre « Vaporeux »,  l’artiste superpose ses teintes en les mariant les unes aux autres sans toutefois les mélanger complètement. . Alors ici, on a  de la terre d’ombre naturelle, de l’ocre jaune, du rouge de cadmium, et  du jaune de cadmium foncé.  Le peintre  enrichit ses couleurs en variant les teintes, certaines vont tirées vers   plusieurs degrés  du  vert, d’autres vers l’orangé, ainsi, leur intensité varie allant jusqu’au très sombre sans pour autant tomber dans le noir. La toile  devient alors vite une chair et un cœur terrestre, minéral, céleste, et sanguin. L’artiste BEN AMEUR, travaille l’ensemble de l’œuvre et non zone après zone, ainsi, seuls les formes et les volumes sont mis en place, les détails ne viennent qu’en dernier. Cette œuvre est  dotée d’une couleur rouge et d’une pluie de formes époustouflantes. Il s’agit d’une expérience intérieure venant de l’extérieur, comme une hallucination ou l’éclatement des sensations ont une référence précise, celle d’un journal intime

En  se perdant  dans les graphismes complexes et  en laissant les couches supérieures s’associer aux sous-couches, les gouttes de couleurs  semblent douées d’une direction intentionnelle, et cependant tout l’ensemble est mystérieusement dirigé. C’est un  grésillement qui donne à lire la trace d’une pulsion ni violente, ni grossière mais, plutôt, une puissance positive qui effleure et chatouille le  fond de toile

De la conscience supérieure qui ouvre la porte à une connexion cosmique, l’espace plastique exploré d’abord  par le peintre renvoie davantage à l’infini du cosmos qu’aux lois de la gravité terrestre. Ces spirales et enroulements représentent  des éléments phonétiques. Le peintre   suggère  à l’aide  de ces coups de pinceau vifs, mais légers  la voie vers l’immortalité, plongé dans la lecture conduisant à l’éveil dans  un univers en mouvement perpétuel tel que le perçoit l’enfant adulte,  Sami BEN AMEUR qui est avant tout un regardeur du monde

 

                               Chaima ZAAFOURI

 Doctorante en sciences  et techniques de l’art